Thématique : Création d'entreprise
Vous vous lancez seul, mais vous voulez séparer votre patrimoine personnel de celui de votre activité, vous donner de la crédibilité et garder la main sur toutes les décisions. La société par actions simplifiée unipersonnelle, la SASU, répond exactement à cette situation. Elle est devenue l'un des statuts préférés des consultants, des freelances, des fondateurs de start-up et des dirigeants qui créent une holding. Voici les étapes pour monter une SASU en 2026, puis la différence concrète avec la SAS, pour éviter de choisir sur la foi d'un slogan.

La SASU est une société par actions simplifiée dont le capital est détenu par un associé unique, personne physique ou personne morale. Elle suit presque toutes les règles de la SAS, avec une différence de taille : il n'y a pas de pluralité d'associés à organiser, donc pas de pacte, pas de désaccord possible entre associés et une gouvernance très légère.
Le principe central reste la responsabilité limitée : l'associé unique ne répond des dettes de la société qu'à hauteur de ses apports, sauf faute de gestion caractérisée ou cautions personnelles données (par exemple à la banque). C'est la première différence avec l'entreprise individuelle, même si celle-ci a aussi vu son patrimoine personnel mieux protégé depuis 2022.
Avant de rédiger le moindre document, posez trois questions simples : combien comptez-vous vous rémunérer, avez-vous besoin d'une protection sociale solide, et envisagez-vous d'accueillir un jour un associé ou un investisseur ? Si vous visez un revenu élevé, une image de société structurée et la possibilité de faire entrer quelqu'un plus tard, la SASU est cohérente. Si vous démarrez avec un chiffre d'affaires très modeste et peu de frais, la micro-entreprise ou l'entreprise individuelle peuvent rester plus légères.
Le capital minimum est de 1 euro. Dans la pratique, il est conseillé de prévoir un capital en rapport avec vos besoins de départ : un capital de 1 000 à 5 000 euros est courant pour une activité de service, davantage pour une activité qui demande du matériel ou du stock. Un capital trop faible peut inquiéter une banque ou un client important.
Les apports peuvent être en numéraire (de l'argent), en nature (matériel, véhicule, brevet, fonds de commerce) ou en industrie (votre savoir-faire, qui ne compte pas dans le capital). Au moins 50 % des apports en numéraire doivent être libérés à la création, le solde dans les cinq ans. Si vous apportez des biens en nature de plus de 30 000 euros, ou si l'ensemble de ces apports dépasse la moitié du capital, un commissaire aux apports doit les évaluer, sauf dérogation prévue par la loi.
Les statuts sont le contrat de la société. En SASU, ils sont plus simples qu'en SAS, mais ils méritent une vraie attention. Ils doivent préciser la forme, la dénomination, l'objet social, le siège, la durée (jusqu'à 99 ans), le capital, la nature des apports et les règles de nomination du président.
Même seul, il faut penser à l'avenir :
Comme toute SAS, la SASU doit avoir un président. Il peut être l'associé unique lui-même, ce qui est le cas le plus fréquent, ou un tiers. Si le président est un tiers, l'associé unique garde le pouvoir de décision sur les sujets importants, mais la représentation de la société revient au président.
Le président rémunéré est assimilé salarié : il dépend du régime général de la Sécurité sociale, sans assurance chômage en principe. S'il n'est pas rémunéré, aucune cotisation n'est due, ce qui est un avantage de départ pour une trésorerie fragile.
Les fonds issus des apports en numéraire sont déposés sur un compte bloqué, auprès d'une banque, d'un notaire ou de la Caisse des dépôts. Vous obtenez une attestation de dépôt, nécessaire au dossier d'immatriculation. Les fonds sont ensuite libérés une fois la société immatriculée.
Le siège peut être votre domicile (sous réserve de ne pas être interdit par un bail ou un règlement de copropriété et avec une durée limitée en cas de domiciliation provisoire), un local professionnel, un espace de coworking ou une société de domiciliation. Le choix a des conséquences fiscales (cotisation foncière des entreprises) et pratiques (réception du courrier, crédibilité). Le siège doit être justifié par un document : bail, quittance, contrat de domiciliation ou attestation sur l'honneur d'hébergement.
La constitution de la société fait l'objet d'une annonce dans un journal d'annonces légales du département du siège. Pour 2026, le tarif forfaitaire est de 142 € HT pour une SASU (199 € HT pour une SAS) en France métropolitaine, selon l'arrêté du 19 novembre 2025. Vous recevez une attestation de parution à joindre au dossier. Vérifiez toujours le tarif en vigueur le jour de la publication.
Depuis le 1er janvier 2023, la création d'une société passe uniquement par le guichet unique de l'INPI. Vous y déposez en ligne les statuts signés, l'attestation de dépôt des fonds, l'attestation de parution, la déclaration des bénéficiaires effectifs, une pièce d'identité du président, un justificatif de siège et la déclaration de non-condamnation. Le dossier est transmis automatiquement au greffe, aux impôts, à l'Urssaf et aux autres organismes.

Quand le dossier est complet, l'immatriculation est en général prononcée en quelques jours. Le Kbis arrive ensuite, parfois jusqu'à quatre semaines en cas de pièces à compléter. Dès réception : compte bancaire professionnel définitif, assurance professionnelle, outil de facturation, choix du logiciel de comptabilité et mise en place du suivi de trésorerie.
Une fois la société lancée, quelques obligations reviennent chaque année et il vaut mieux les connaître dès le départ :
Un commissaire aux comptes n'est obligatoire que si la société dépasse deux des trois seuils légaux (total de bilan, chiffre d'affaires, effectif), ou si elle contrôle d'autres sociétés au-delà de certains critères.
La rémunération est le sujet qui décide beaucoup de créateurs. Le président peut se verser un salaire, ouvrant des droits sociaux (maladie, retraite de base, prévoyance), mais avec des charges élevées. Il peut aussi se contenter de dividendes, qui ne supportent pas de cotisations sociales mais sont soumis au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % en 2026, soit 12,8 % d'impôt et 18,6 % de prélèvements sociaux (ou au barème progressif sur option), et qui n'ouvrent aucun droit à la retraite.
La bonne combinaison dépend du résultat de l'entreprise, de votre situation familiale, de vos besoins de couverture sociale et de votre horizon de retraite. C'est un calcul à faire sur des chiffres réels, avec un prévisionnel solide.
La SASU n'est pas une autre forme juridique : c'est une SAS à associé unique. Les différences tiennent donc au nombre d'associés et à ses conséquences.
| Critère | SAS | SASU |
|---|---|---|
| Nombre d'associés | Deux minimum, pas de maximum | Un seul associé |
| Capital minimum | 1 € | 1 € |
| Libération des apports en numéraire | 50 % à la création, solde sous 5 ans | Identique |
| Gouvernance | Libre, définie par les statuts et le pacte | Décisions de l'associé unique, consignées au registre |
| Pacte d'associés | Très utile | Sans objet tant qu'il y a un seul associé |
| Risque de conflit entre associés | Réel, à anticiper | Inexistant |
| Président | Obligatoire | Obligatoire (souvent l'associé unique) |
| Régime social du président | Assimilé salarié | Assimilé salarié |
| Dividendes | Pas de cotisations sociales, PFU 31,4 % | Identique |
| Entrée d'investisseurs | Possible directement | Possible, avec une réécriture des statuts |
| Annonce légale (forfait 2026) | 199 € HT | 142 € HT |
Quand un deuxième associé arrive, par cession ou par augmentation de capital, la SASU devient automatiquement une SAS. Il n'y a pas de nouvelle immatriculation, le numéro SIREN reste le même. Mais les statuts doivent être revus : gouvernance entre associés, règles de majorité, clauses de sortie, et un pacte d'associés est vivement recommandé. L'inverse est vrai aussi : si un associé quitte la société et que tout le capital se retrouve dans les mains d'une seule personne, la SAS devient une SASU.
Pour un entrepreneur seul, la SASU n'est pas la seule option. L'EURL est la version unipersonnelle de la SARL : elle offre un gérant au régime des travailleurs non-salariés, avec des charges sociales plus faibles mais une protection moindre. L'entreprise individuelle, très simple, reste adaptée aux activités peu risquées. Le choix dépend de la rémunération visée, de la protection sociale souhaitée, de l'image de l'entreprise et des perspectives de croissance. Pour approfondir côté SARL, notre article sur les étapes pour monter une SARL en 2026 vous donne le comparatif détaillé.
« Choisir sa forme juridique, ce n'est pas choisir un sigle : c'est choisir la façon dont on va se rémunérer, se protéger et grandir. »
Le nombre d'associés : plusieurs en SAS, un seul en SASU. Les règles de fond (capital, président, régime social, fiscalité) sont les mêmes, mais la gouvernance de la SASU est beaucoup plus simple.
Oui, à condition que la société dégage des bénéfices distribuables. Vous évitez les cotisations sociales, mais vous ne cotisez pas pour la retraite ni pour l'assurance maladie liée à la rémunération. Un arbitrage chiffré est indispensable.
Les règles de cumul entre allocations et activité dépendent de la situation de chacun et évoluent. Vérifiez votre cas auprès de France Travail avant de vous rémunérer, car le président non rémunéré et le président rémunéré ne sont pas traités de la même façon.
Comptez 142 € HT d'annonce légale, quelques dizaines d'euros de frais de greffe et de formalités, plus le coût des statuts si vous vous faites accompagner, soit généralement de 300 à 1 000 € pour un dossier complet.
Non, il y a un seul président. Les statuts peuvent en revanche prévoir un ou plusieurs directeurs généraux pour partager la représentation de la société.

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Article rédigé par Arona Expertise, cabinet comptable à Meylan, au service des entrepreneurs de Grenoble et de l'Isère dans la gestion comptable, fiscale et juridique.
Sources : entreprendre.service-public.gouv.fr (annonces légales 2026, imposition des dividendes) ; impots.gouv.fr ; articles L227-1 et L227-6 du code de commerce ; arrêté du 19 novembre 2025 relatif aux tarifs des annonces légales ; guichet unique INPI ; urssaf.fr.


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