Amortissements comptables : ce que tout dirigeant doit comprendre
Temps de lecture : 8 min | Thématique : Comptabilité
Acheter un véhicule, du matériel informatique, des machines ou des aménagements de locaux : ces dépenses ne se déduisent pas immédiatement et en totalité du résultat de l’exercice. Elles font l’objet d’un amortissement, c’est-à-dire d’une déduction progressive étalée sur plusieurs années, selon la durée d’utilisation présumée du bien. Comprendre ce mécanisme est essentiel pour tout dirigeant : il impacte directement le résultat fiscal, la capacité d’autofinancement et la lecture du bilan. Ce guide explique le fonctionnement des amortissements sans jargon comptable excessif.
Qu’est-ce qu’un amortissement ?
L’amortissement est la traduction comptable de la perte de valeur progressive d’un bien au fil du temps, du fait de l’usure, de l’obsolescence ou de l’écoulement du temps. Plutôt que de déduire du résultat l’intégralité du coût d’un investissement l’année de son acquisition, l’entreprise l’étale sur la durée de vie présumée du bien en enregistrant chaque année une « dotation aux amortissements ».
Ce mécanisme sert deux objectifs distincts. D’un point de vue comptable, il donne une image fidèle du patrimoine de l’entreprise : la valeur nette comptable du bien diminue chaque année à mesure qu’il s’use. D’un point de vue fiscal, la dotation aux amortissements est une charge déductible du résultat imposable, ce qui réduit l’impôt à payer chaque année sans qu’il y ait de sortie de trésorerie supplémentaire — ce qui fait des amortissements l’un des composants de la capacité d’autofinancement (CAF).
Quels biens sont amortissables ?
Seules les immobilisations sont amortissables : ce sont les biens durables acquis pour les besoins de l’exploitation, dont la durée d’utilisation prévue est supérieure à un an et dont la valeur dépasse le seuil de 500 € HT (ou 600 € TTC pour les entreprises non redevables de la TVA). En dessous de ce seuil, les biens sont généralement déduits immédiatement en charges.
| Bien | Amortissable ? | Durée d’usage généralement admise |
|---|---|---|
| Matériel informatique (PC, serveurs) | Oui | 3 ans |
| Véhicule de tourisme | Oui (avec plafond fiscal) | 5 ans |
| Véhicule utilitaire | Oui | 5 ans |
| Mobilier de bureau | Oui | 10 ans |
| Matériel industriel / machines | Oui | 5 à 10 ans |
| Aménagements de locaux | Oui | 10 à 20 ans |
| Logiciels acquis | Oui | 1 à 3 ans |
| Fonds de commerce | Non (sauf conditions) | — |
| Terrain | Non | — |
| Stocks et marchandises | Non | — |
Les deux méthodes d’amortissement
L’amortissement linéaire
C’est la méthode de droit commun, applicable à tous les biens. Elle consiste à déduire chaque année une fraction identique du coût d’acquisition du bien, calculée en divisant ce coût par la durée d’utilisation présumée.
La première année, si le bien n’est pas acquis au 1er janvier, la dotation est calculée prorata temporis à partir de la date de mise en service : un bien acquis et mis en service le 1er juillet ne génère qu’une demi-année de dotation la première année.
L’amortissement dégressif
Cette méthode, réservée aux biens neufs éligibles (matériels industriels, informatiques, outillages…), permet de déduire des montants plus importants en début de vie du bien, ce qui accélère la déduction fiscale. Le taux dégressif est obtenu en appliquant un coefficient multiplicateur au taux linéaire :
Lorsque le taux linéaire calculé sur la valeur résiduelle devient plus avantageux que le taux dégressif, l’entreprise bascule automatiquement sur le linéaire pour les années restantes.
Le plafond fiscal sur les véhicules de tourisme
Les véhicules de tourisme font l’objet de règles fiscales spécifiques. La déduction fiscale de l’amortissement est limitée à un plafond annuel qui dépend du taux d’émission de CO² du véhicule. Le Plan Comptable Général permet l’amortissement sur la valeur totale, mais seule la fraction dans la limite du plafond est déductible fiscalement — l’excédent doit être réintégré extra-comptablement dans le résultat fiscal.
L’amortissement et la capacité d’autofinancement
Un point souvent mal compris : les dotations aux amortissements sont une charge non décaissée. L’argent est sorti lors de l’acquisition du bien, pas lors de chaque dotation annuelle. C’est pourquoi les dotations aux amortissements sont rajoutées au résultat net dans le calcul de la capacité d’autofinancement (CAF). Fiscalement, elles réduisent l’impôt sans sortie de trésorerie — ce qui est un avantage concret pour le financement interne de l’entreprise.
Ce qu’il faut retenir
- Tout bien duré plus d’un an et valant plus de 500 € HT doit être amorti, pas déduit immédiatement
- L’amortissement linéaire est la méthode de droit commun, simple et applicable à tous
- L’amortissement dégressif accélère la déduction fiscale mais est réservé aux biens neufs éligibles
- Les terrains ne sont jamais amortissables
- Les amortissements sont des charges non décaissées qui contribuent à la CAF et réduisent l’impôt chaque année
- Les véhicules de tourisme sont soumis à un plafond de déduction fiscale lié aux émissions de CO²
FAQ : Amortissements comptables
Une charge est une dépense déduite intégralement du résultat l’année où elle est engagée : fournitures de bureau, loyer, honoraires, énergie. Une immobilisation est un bien durable acquis pour les besoins de l’exploitation, dont la durée d’utilisation excède un an et dont la valeur dépasse 500 € HT. Contrairement aux charges, les immobilisations ne sont pas déduites immédiatement mais amorties sur leur durée de vie à travers des dotations annuelles.
L’entreprise peut choisir la durée d’amortissement, mais celle-ci doit refléter la durée réelle d’utilisation présumée du bien selon les propres conditions d’exploitation de l’entreprise. L’administration fiscale publie des durées d’usage indiquées à titre indicatif (3 ans pour l’informatique, 5 ans pour les véhicules, 10 ans pour le mobilier…) qui constituent un cadre de référence. S’écarter sensiblement de ces durées exige de pouvoir le justifier.
La valeur nette comptable est la valeur d’origine d’un bien diminuée du cumul des amortissements déjà pratiqués. C’est la valeur à laquelle le bien figure à l’actif du bilan. Si un véhicule a été acquis 30 000 € et qu’il a déjà été amorti de 18 000 €, sa VNC est de 12 000 €. Lors de la cession du bien, la différence entre le prix de cession et la VNC constitue une plus-value ou une moins-value comptable, qui a des conséquences fiscales.
Oui. Les biens dont la valeur unitaire est inférieure à 500 € HT peuvent être déduits directement en charge l’année de leur acquisition, sans obligation d’amortissement. Ce seuil s’apprécie bien par bien : si deux ordinateurs sont achetés en même temps pour un total de 800 €, mais que chacun vaut 400 €, ils peuvent être passés en charge.
Un amortissement non pratiqué dans les délais (on parle d’amortissement irrégulièrement différé) est définitivement perdu fiscalement : il ne peut pas être rattrapé sur les exercices suivants. L’amortissement minimum à pratiquer chaque année est l’amortissement linéaire. Seul l’amortissement comptable supérieur à ce minimum peut être reporté sur la durée restante, dans certaines conditions.
Non. L’amortissement traduit la perte de valeur prévisible et systématique d’un bien du fait de son usage normal, selon un plan préétabli. La dépréciation, elle, est une correction de valeur occasionnelle et non systématique, constatée lorsque la valeur actuelle d’un bien devient inférieure à sa valeur nette comptable pour une raison imprévue (panne, obsolescence accélérée, chute du marché). Les deux mécanismes peuvent coexister sur un même bien.
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Article rédigé par Arona Expertise, cabinet comptable à Meylan, au service des entrepreneurs de Grenoble et de l’Isère dans la gestion comptable, fiscale et juridique.
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