Commissaire aux comptes : qui doit en nommer un en 2026 ?
Temps de lecture : 7 min | Thématique : Comptabilité
Beaucoup de dirigeants de PME pensent à tort être concernés par l’obligation de certifier leurs comptes — ou, à l’inverse, pensent y avoir échappé définitivement alors que leur croissance les rapproche des seuils. Depuis le décret du 28 février 2024, les montants déclenchant l’obligation de nommer un commissaire aux comptes ont été relevés de 25 % pour tenir compte de l’inflation et s’aligner sur les standards européens. En 2026, ces seuils restent inchangés par rapport à 2025. Ce guide fait le point sur les montants exacts, la règle des deux exercices consécutifs, le cas particulier des groupes et filiales, et la mission allégée ALPE pour les structures sous les seuils.
Les seuils applicables en 2026
Une société commerciale (SARL, SAS, SA, SCA, SNC, SCS, etc.) doit nommer un commissaire aux comptes dès lors qu’elle dépasse, à la clôture d’un exercice, deux des trois seuils suivants :
Ces seuils, issus du décret n° 2024-152 du 28 février 2024 pris en application de la directive européenne 2023/2775, s’appliquent depuis les exercices ouverts à compter du 1er janvier 2024. Avant cette réforme, les seuils étaient fixés à 4 M€ de bilan et 8 M€ de chiffre d’affaires : le relais a donc concrètement allégé l’obligation pour de nombreuses PME en croissance.
Ces seuils s’appliquent uniformément, quelle que soit la forme juridique de la société : depuis la loi PACTE de 2019, il n’existe plus de distinction selon que vous êtes en SARL, SAS, SA ou autre forme commerciale.
La règle des deux exercices consécutifs
Un point souvent mal compris : un dépassement isolé, même spectaculaire, ne suffit jamais à déclencher l’obligation. Ce qui compte, c’est la persistance du dépassement de deux seuils sur deux exercices d’affilée.
Prenons un exemple concret. Une SAS clôturant son exercice au 31 décembre dépasse deux seuils au titre de l’exercice 2025 (clos le 31/12/2025), puis les dépasse à nouveau au titre de l’exercice 2026 (clos le 31/12/2026). L’obligation de nommer un commissaire aux comptes naît alors à l’ouverture de l’exercice 2027, soit le 1er janvier 2027. La nomination doit intervenir en assemblée générale avant cette date, de manière à ce que le CAC soit en place dès le début du nouvel exercice.
En revanche, si cette même SAS dépasse deux seuils en 2025 puis redescend sous deux seuils en 2026, aucune obligation ne se déclenche : la condition de deux exercices consécutifs n’est pas remplie.
Le cas particulier des groupes et filiales
La règle se complique sensiblement dès qu’une société contrôle — ou est contrôlée par — une autre entité. C’est le point qui piège le plus souvent les petites holdings et leurs filiales.
Pour la société mère (consolidation du groupe)
Une société mère doit nommer un commissaire aux comptes dès lors que l’ensemble formé avec ses filiales dépasse deux des trois seuils généraux (5 M€ de bilan, 10 M€ de CA, 50 salariés), même si la société mère prise isolément reste très en dessous de ces montants. Le total cumulé du bilan, le chiffre d’affaires cumulé et l’effectif cumulé de toutes les entités du périmètre sont additionnés pour apprécier le dépassement.
Pour les filiales significatives
Une filiale contrôlée, directement ou indirectement, par une société elle-même tenue de désigner un commissaire aux comptes doit également en nommer un si elle dépasse, à titre individuel, deux des trois seuils suivants — des seuils plus bas que ceux applicables aux sociétés isolées :
Tableau récapitulatif des seuils 2026
| Situation | Total bilan | Chiffre d’affaires HT | Salariés |
|---|---|---|---|
| Société isolée | 5 000 000 € | 10 000 000 € | 50 |
| Filiale significative d’un groupe soumis | 2 500 000 € | 5 000 000 € | 25 |
| Groupe consolidé (société mère + filiales) | 5 000 000 € | 10 000 000 € | 50 |
Dans tous les cas, la règle reste identique : il faut dépasser deux des trois seuils sur deux exercices consécutifs pour déclencher l’obligation.
La mission ALPE : une alternative allégée pour les petites structures
Même sous les seuils, une société peut choisir de nommer volontairement un commissaire aux comptes. Depuis la loi PACTE, cette nomination volontaire peut prendre une forme allégée : l’audit légal des petites entreprises (ALPE), prévue à l’article L. 821-44 du Code de commerce.
Le mandat ALPE présente plusieurs spécificités par rapport au mandat classique :
- Durée réduite : 3 exercices au lieu de 6, ce qui offre plus de flexibilité pour tester un commissaire aux comptes sans engagement sur le long terme
- Périmètre allégé : une mission adaptée à la taille de la structure, avec des diligences proportionnées
- Rapport simplifié, sans certification des comptes intermédiaires ni rapport spécial sur les conventions réglementées
Les motivations pour une nomination volontaire sont variées : rassurer des investisseurs ou des banquiers en vue d’une levée de fonds, fiabiliser ses processus avant une opération de croissance externe, ou simplement renforcer la crédibilité des comptes auprès de partenaires commerciaux.
Les autres cas de nomination obligatoire
Indépendamment des seuils financiers, certaines situations entraînent une obligation de désigner un commissaire aux comptes :
- Les sociétés anonymes (SA) et SCA restent en pratique fréquemment soumises à cette obligation, même si elles sont désormais formellement appréciées au regard des mêmes seuils que les autres formes
- La demande des associés minoritaires : dans une SA ou SCA, un ou plusieurs actionnaires représentant au moins un dixième du capital peuvent demander en justice la désignation d’un commissaire aux comptes. Dans une SARL ou une SAS, le seuil est également d’un dixième du capital ; dans une SNC, un seul associé suffit
- Les associations recevant plus de 153 000 € de subventions publiques ou de dons ouvrant droit à réduction d’impôt par an, ou faisant appel à la générosité du public dans le cadre d’une campagne nationale
Les sanctions en cas de défaut de nomination
Lorsqu’une société est tenue de nommer un commissaire aux comptes et ne le fait pas, les conséquences sont sérieuses :
- L’absence de désignation entraîne la nullité des délibérations de l’assemblée générale, notamment l’approbation des comptes annuels
- Les dirigeants encourent jusqu’à 2 ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende au titre du délit d’entrave prévu à l’article L. 820-4 du Code de commerce
- En cas de carence, le commissaire aux comptes peut être désigné par le président du tribunal de commerce, statuant en référé, à la demande de tout intéressé
Ce qu’il faut retenir pour 2026
- Les seuils relevés en 2024 (5 M€ de bilan, 10 M€ de CA, 50 salariés) restent inchangés en 2026
- L’obligation se déclenche uniquement après un dépassement de deux seuils sur deux exercices consécutifs
- Les groupes et filiales significatives sont soumis à des règles spécifiques et des seuils plus bas, indépendamment de la taille individuelle de chaque entité
- La mission ALPE permet une nomination volontaire allégée pour les petites structures qui souhaitent fiabiliser leurs comptes sans s’engager sur 6 ans
- Les mandats en cours au 1er mars 2024 se poursuivent normalement jusqu’à leur terme, sans être affectés rétroactivement par le relèvement des seuils
FAQ : Commissaire aux comptes en 2026
Une société commerciale doit nommer un commissaire aux comptes dès lors qu’elle dépasse deux des trois seuils suivants à la clôture de l’exercice, sur deux exercices consécutifs : 5 millions d’euros de total de bilan, 10 millions d’euros de chiffre d’affaires net hors taxes, et 50 salariés en moyenne annuelle. Ces seuils, issus du décret n° 2024-152 du 28 février 2024, restent inchangés en 2026.
Non, sauf si la SAS dépasse les seuils légaux (5 M€ de bilan, 10 M€ de CA, 50 salariés sur deux exercices consécutifs), ou si elle contrôle ou est contrôlée par une autre société et que l’ensemble formé dépasse ces seuils, ou si un ou plusieurs associés représentant au moins un dixième du capital en font la demande en justice. Depuis la loi PACTE de 2019, les SAS sont soumises exactement aux mêmes règles que les SARL et les SA.
Oui, si elle contrôle ou est contrôlée par une autre société, et que l’ensemble formé par la société mère et ses filiales dépasse les seuils généraux (5 M€ de bilan, 10 M€ de CA, 50 salariés) en cumulé. C’est la règle qui piège le plus souvent les petites holdings de tête qui détiennent une filiale opérationnelle importante : la holding elle-même peut sembler très en dessous des seuils, mais c’est le périmètre consolidé qui compte.
La mission ALPE, créée par la loi PACTE de 2019 et prévue à l’article L. 821-44 du Code de commerce, est une forme allégée de nomination volontaire d’un commissaire aux comptes, réservée aux sociétés sous les seuils légaux. Elle se distingue de l’audit classique par une durée de 3 exercices au lieu de 6, un référentiel de contrôle simplifié et un rapport plus succinct. Elle convient aux sociétés qui souhaitent fiabiliser leurs comptes en vue d’une levée de fonds ou d’une opération de croissance externe, sans s’engager sur un mandat long.
L’absence de désignation entraîne la nullité des délibérations de l’assemblée générale, notamment l’approbation des comptes annuels. Les dirigeants encourent jusqu’à 2 ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amende au titre du délit d’entrave prévu à l’article L. 820-4 du Code de commerce. En cas de carence persistante, tout intéressé peut demander au président du tribunal de commerce, statuant en référé, de procéder lui-même à la désignation d’un commissaire aux comptes.
Non. Un dépassement isolé, même important, ne déclenche jamais l’obligation à lui seul. La règle exige un dépassement de deux des trois seuils sur deux exercices consécutifs. Si la société dépasse les seuils une année puis repasse en dessous l’année suivante, l’obligation ne se déclenche pas. En revanche, si elle confirme le dépassement deux années de suite, l’obligation naît à l’ouverture de l’exercice suivant, et la nomination doit être faite en assemblée générale avant cette date.
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Article rédigé par Arona Expertise, cabinet comptable à Meylan, au service des entrepreneurs de Grenoble et de l’Isère dans la gestion comptable, fiscale et juridique.
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