Thématique : Création d'entreprise
Proposer l'épilation au laser ou à la lumière pulsée en institut de beauté est longtemps resté impossible sur le plan légal, cette pratique étant réservée aux seuls médecins pendant plus de soixante ans. Un décret récent a mis fin à ce monopole, mais dans un cadre strict, encore mal connu de nombreuses esthéticiennes. Ce guide détaille ce qu'il faut savoir avant d'intégrer cette prestation à l'offre d'un salon d'esthétique en 2026.
Jusqu'à récemment, l'épilation à la lumière pulsée intense (IPL) et au laser était considérée comme un acte médical au sens de l'arrêté du 6 janvier 1962, qui réservait aux seuls médecins tout mode d'épilation autre que la pince ou la cire. Sur ce fondement, la jurisprudence pénale a longtemps sanctionné les esthéticiennes pratiquant ce type d'épilation pour exercice illégal de la médecine, un risque juridique lourd qui a freiné pendant des décennies le développement de cette prestation en institut.
Le décret n° 2024-470 du 24 mai 2024 a mis fin à ce monopole en ouvrant la pratique de l'épilation à la lumière pulsée intense et au laser à visée non thérapeutique à trois catégories de professionnels :
| Catégorie autorisée | Condition |
|---|---|
| Médecins | Conservent leur droit historique, sans condition de formation supplémentaire |
| Infirmiers diplômés d'État | Formation initiale obligatoire, avec mises à niveau régulières |
| Esthéticiennes qualifiées professionnellement | Formation initiale obligatoire, avec mises à niveau régulières, ou exercice sous le contrôle effectif et permanent d'une personne qualifiée |
Cette ouverture reste circonscrite aux actes à visée non thérapeutique : les indications à caractère médical (traitement de pathologies dermatologiques, par exemple) demeurent réservées aux seuls médecins, l'esthéticienne ne pouvant intervenir que dans le champ strict du soin esthétique à la personne.

Ce nouveau cadre réglementaire a fait l'objet d'un recours en annulation, rejeté par le Conseil d'État dans une décision du 12 mars 2026. La haute juridiction administrative a considéré que les restrictions apportées à la liberté d'établissement des professionnels étaient justifiées par un motif de protection de la santé publique, et que la définition des actes à visée non thérapeutique restait suffisamment claire pour être appliquée sans ambiguïté excessive. Cette décision sécurise durablement le nouveau cadre applicable, après plusieurs décennies d'insécurité juridique sur ce sujet.
Contrairement à une idée reçue, la qualification d'esthéticienne classique (CAP Esthétique-Cosmétique-Parfumerie ou équivalent) ne suffit pas, à elle seule, à autoriser la pratique de l'épilation laser ou à lumière pulsée. Une formation spécifique, dite formation socle, reste obligatoire, dont les caractéristiques ont été précisées par l'arrêté du 19 février 2025, lui-même modifié par un arrêté du 11 août 2026. Cette formation doit être dispensée par des organismes disposant du matériel technique et pédagogique adapté, incluant au minimum un appareil de type lumière pulsée intense et un appareil de type laser, afin que la formation reste concrète et pratique plutôt que purement théorique.
La réglementation n'impose pas seulement une formation initiale : elle prévoit également des mises à jour régulières des connaissances et compétences, destinées à intégrer les évolutions technologiques et les retours d'expérience accumulés sur ce type de pratique. Les organismes de formation habilités doivent d'ailleurs transmettre chaque année, avant le 30 juin, les effectifs de personnes formées et ayant réussi l'évaluation, y compris celles ayant suivi cette formation de mise à jour, un dispositif de suivi qui témoigne du sérieux attendu sur ce sujet par les pouvoirs publics.

Au-delà de la seule formation du praticien, le décret impose une série d'obligations concrètes destinées à protéger le client :
Une fiche d'information écrite, reprenant l'ensemble de ces éléments, doit par ailleurs être remise au client, ce document constituant à la fois une obligation légale et un élément de preuve utile pour l'institut en cas de contestation ultérieure.
Le nouveau cadre réglementaire ne constitue pas une libéralisation totale : une esthéticienne qui pratiquerait ces actes sans avoir suivi la formation socle obligatoire, ou qui interviendrait sur des indications à visée thérapeutique réservées aux médecins, resterait exposée au risque de poursuites pour exercice illégal de la médecine, la jurisprudence historique conservant toute sa portée en dehors du champ strictement défini par le décret de 2024.
Le décret de 2024 s'applique indifféremment aux deux grandes familles de technologies utilisées en institut : le laser diode, qui émet une longueur d'onde unique et cible plus précisément le follicule pileux, et la lumière pulsée intense (IPL), qui émet un spectre de longueurs d'onde plus large. D'un point de vue commercial, ces deux technologies répondent à des besoins et à des budgets différents, le laser diode étant généralement présenté comme plus efficace sur le long terme mais nécessitant un investissement initial plus important, tandis que la lumière pulsée reste souvent privilégiée pour un investissement de départ plus mesuré. Sur le plan réglementaire, en revanche, aucune distinction n'est faite entre ces deux technologies : la même formation socle et les mêmes obligations d'information et de sécurité s'appliquent, quel que soit l'appareil retenu par l'institut.
Le décret prévoit une modalité supplémentaire, souvent méconnue : une personne non elle-même titulaire de la formation socle peut réaliser ces actes sous le contrôle effectif et permanent d'une personne qualifiée, c'est-à-dire physiquement présente et en mesure d'intervenir immédiatement si nécessaire. Cette disposition peut permettre à un institut de former progressivement plusieurs membres de son équipe, en s'appuyant sur une praticienne déjà formée le temps que les autres suivent elles-mêmes la formation obligatoire, sans que l'ensemble de l'équipe ait besoin d'être formé simultanément dès le lancement de cette nouvelle prestation.
Intégrer l'épilation laser ou à lumière pulsée à l'offre d'un institut représente un investissement significatif, qui s'ajoute au budget classique de création ou de développement d'un salon d'esthétique évoqué dans d'autres guides : l'achat de l'appareil lui-même (les technologies laser diode ou IPL représentant des investissements de plusieurs milliers d'euros selon la gamme choisie), le coût de la formation socle obligatoire, ainsi que la formation dispensée par le fabricant lors de l'acquisition du matériel. Une assurance responsabilité civile professionnelle adaptée à cette activité spécifique, distincte de l'assurance esthétique classique, reste également recommandée compte tenu des risques particuliers associés à l'usage de ces appareils.

Pour un institut d'esthétique déjà en activité, l'ouverture de cette prestation représente une opportunité réelle de diversification et de montée en gamme, l'épilation définitive restant une demande forte de la clientèle, jusqu'ici majoritairement orientée vers les cabinets médicaux ou les centres spécialisés. Un institut qui investit tôt dans cette compétence, en respectant scrupuleusement le cadre réglementaire, peut ainsi se différencier durablement d'instituts concurrents proposant uniquement des prestations d'épilation traditionnelles (cire, pince).
Non, le CAP Esthétique-Cosmétique-Parfumerie ne suffit pas à lui seul : une formation socle spécifique, prévue par l'arrêté du 19 février 2025, est obligatoire pour pratiquer légalement l'épilation à la lumière pulsée intense ou au laser à visée non thérapeutique.
Non, ces deux formations sont distinctes et cumulatives. La formation du fabricant porte sur le fonctionnement technique de l'appareil acquis, tandis que la formation socle réglementaire, obligatoire pour toute esthéticienne souhaitant pratiquer ces actes, reste indépendante du matériel utilisé.
Oui, le Conseil d'État a rejeté un recours en annulation dirigé contre ce décret, par une décision du 12 mars 2026, considérant que les restrictions imposées étaient justifiées par la protection de la santé publique.
Non, seuls les actes à visée non thérapeutique sont ouverts aux esthéticiennes et infirmiers formés. Toute indication à caractère médical ou thérapeutique reste réservée aux seuls médecins, sous peine de risque d'exercice illégal de la médecine.
Pas nécessairement dès le départ : une personne non encore formée peut réaliser ces actes sous le contrôle effectif et permanent d'une collègue déjà titulaire de la formation socle, ce qui permet d'échelonner la formation de l'équipe sans retarder le lancement de la prestation.
Non, le cadre réglementaire issu du décret de 2024 s'applique de la même façon aux deux technologies : même formation socle obligatoire, mêmes obligations d'information et de sécurité envers le client, quel que soit l'appareil choisi par l'institut.

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Article rédigé par Arona Expertise, cabinet comptable à Meylan, au service des entrepreneurs de Grenoble et de l'Isère dans la gestion comptable, fiscale et juridique.
Sources : décret n° 2024-470 du 24 mai 2024, arrêté du 19 février 2025 modifié par l'arrêté du 11 août 2026, décision du Conseil d'État du 12 mars 2026 (n°496304), sante.gouv.fr


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