Est-ce que je peux acheter une voiture avec ma SASU ?

C'est l'une des questions les plus fréquentes des présidents de SASU : peut-on acheter une voiture au nom de la société, et si oui, est-ce vraiment avantageux ? La réponse courte est oui — mais avec des règles fiscales strictes, des plafonds d'amortissement selon les émissions de CO2, une TVA non récupérable sur les véhicules de tourisme, et des implications sur la rémunération du dirigeant si le véhicule est aussi utilisé à titre personnel.
Ce guide vous donne toutes les règles applicables en 2026 pour prendre la bonne décision.
Voiture de tourisme ou véhicule utilitaire : une distinction fondamentale
Avant tout, il faut distinguer deux catégories de véhicules, dont le traitement fiscal est radicalement différent.
Un véhicule de tourisme (VP) est un véhicule immatriculé dans la catégorie des voitures particulières : berlines, citadines, SUV, coupés, breaks familiaux... Il peut transporter des personnes à l'arrière. C'est la catégorie soumise aux plafonds d'amortissement et aux restrictions de TVA.
Un véhicule utilitaire (VU) est un véhicule destiné exclusivement au transport de marchandises : fourgons, camionnettes, pick-ups aménagés sans places arrière, VUL (véhicules utilitaires légers)... Son traitement fiscal est beaucoup plus favorable : TVA récupérable à 100 %, amortissement intégralement déductible sans plafond, pas de taxe sur les véhicules affectés à des fins économiques.
Un point de vigilance en 2026 : depuis le décret n° 2024-610, certains véhicules classés N1 (utilitaires) peuvent être requalifiés en véhicules de tourisme selon leur usage potentiel. Vérifiez le classement fiscal de chaque véhicule avant l'achat pour éviter une mauvaise surprise lors d'un contrôle.
La TVA : une règle simple mais souvent méconnue

C'est la première règle à connaître, et elle est sans appel.
Pour un véhicule de tourisme
Pour un véhicule de tourisme, la TVA n'est pas récupérable, conformément à l'article 206, annexe II au CGI. Que le véhicule soit thermique ou électrique, neuf ou d'occasion, la TVA payée à l'achat reste à la charge définitive de l'entreprise. La base d'amortissement est donc le prix TTC — et non HT comme pour la plupart des immobilisations.
Exceptions : les taxis, VTC, auto-écoles, ambulances et sociétés de location de véhicules, dont l'activité même justifie le transport de personnes. Ces entreprises peuvent récupérer la TVA sur leurs véhicules de tourisme.
Pour un véhicule utilitaire
Pour un véhicule utilitaire, la TVA est récupérable à 100 % sur le prix d'achat, l'entretien et les réparations. C'est l'un des principaux arguments en faveur d'un utilitaire pour les entrepreneurs qui n'ont pas besoin d'un véhicule de confort.
Sur le carburant
Sur le carburant, les règles varient selon l'énergie utilisée.
• Électricité (recharge) : TVA récupérable à 100 % — un avantage supplémentaire pour les véhicules électriques de société
• Gazole et superéthanol E85 : TVA récupérable à 80 % sur les VP
• Essence : TVA récupérable à 80 % sur les VP depuis l'alignement de 2022
• GPL : TVA récupérable à 100 % sur les VP
Les plafonds d'amortissement 2026 : le cœur du sujet
C'est le mécanisme le plus structurant pour le choix d'un véhicule de société. Les véhicules de tourisme sont soumis à un plafond fiscal de déductibilité de l'amortissement, défini à l'article 39 du Code général des impôts et précisé par le BOFiP BOI-BIC-AMT-20-40-50.
Ce plafond dépend des émissions de CO2 du véhicule, mesurées selon la norme WLTP pour les véhicules immatriculés depuis le 1er mars 2020.
Barème des plafonds d'amortissement en 2026
Émissions CO2 (norme WLTP)Plafond d'amortissement déductibleMoins de 20 g/km (électrique, hydrogène)30 000 €Entre 20 et 49 g/km (hybride rechargeable performant)20 300 €Entre 50 et 160 g/km (thermique standard)18 300 €Plus de 160 g/km (véhicule très polluant)9 900 €
Ces plafonds s'appliquent sur le prix TTC du véhicule. La fraction d'amortissement qui dépasse le plafond est un amortissement non déductible (AND), à réintégrer dans le résultat fiscal chaque année. Concrètement, cette réintégration augmente votre base imposable à l'IS — et donc votre impôt.
Exemple concret : berline thermique à 40 000 € TTC (130 g/km de CO2)

Plafond applicable : 18 300 € (entre 50 et 160 g/km)
Durée d'amortissement : 5 ans (méthode linéaire — seule méthode autorisée pour les VP)
• Dotation comptable annuelle : 40 000 € ÷ 5 = 8 000 €/an
• Dotation fiscalement déductible : 18 300 € ÷ 5 = 3 660 €/an
• Réintégration fiscale annuelle : 8 000 − 3 660 = 4 340 €/an
• Sur 5 ans, la SASU réintègre 21 700 € de résultat non déductible — soit environ 5 425 € d'IS supplémentaire au taux de 25 %
Même exemple avec une voiture électrique à 40 000 € TTC
Plafond applicable : 30 000 €
• Dotation comptable annuelle : 40 000 ÷ 5 = 8 000 €/an
• Dotation fiscalement déductible : 30 000 ÷ 5 = 6 000 €/an
• Réintégration fiscale annuelle : 8 000 − 6 000 = 2 000 €/an
• Sur 5 ans, la SASU réintègre 10 000 € — soit 2 500 € d'IS supplémentaire au taux de 25 %
L'avantage fiscal du véhicule électrique par rapport au thermique standard représente donc près de 3 000 € d'IS économisé sur 5 ans pour un véhicule à 40 000 €, avant même de tenir compte des avantages sur la taxe annuelle et le carburant.
Bon à savoir : si le véhicule électrique est livré avec une batterie facturée séparément, celle-ci peut être amortie intégralement et sans plafond, en tant qu'immobilisation distincte. Exigez une facture détaillée qui distingue le prix du véhicule et le prix de la batterie.
La taxe annuelle sur les véhicules affectés à des fins économiques
Toute société qui possède ou utilise des voitures de tourisme est redevable de deux taxes annuelles qui remplacent depuis 2023 l'ancienne TVS (taxe sur les véhicules de société).
La taxe sur les émissions de CO2
La taxe sur les émissions de CO2 est calculée selon un barème progressif en fonction des grammes de CO2 émis par kilomètre. Plus le véhicule est polluant, plus la taxe est élevée. Elle peut représenter plusieurs centaines d'euros par véhicule et par an pour un thermique émettant plus de 130 g/km.
La taxe sur les émissions de polluants atmosphériques
La taxe sur les émissions de polluants atmosphériques est forfaitaire selon la norme d'émission du moteur (Euro 1 à Euro 6d).
Les véhicules 100 % électriques et à hydrogène sont totalement exonérés des deux taxes en 2026. Les hybrides rechargeables ont perdu depuis 2025 l'exonération sur la taxe polluants qu'ils avaient auparavant — leur avantage fiscal global se réduit donc par rapport aux 100 % électriques.
Ces taxes sont déclarées et payées via la déclaration annuelle déposée sur impots.gouv.fr.
Usage mixte et avantage en nature : le point souvent négligé

Si le véhicule de société est utilisé par le président ou un salarié à la fois pour des trajets professionnels et personnels, cela génère un avantage en nature soumis à cotisations sociales et à impôt sur le revenu.
Le montant de l'avantage en nature peut être calculé selon deux méthodes, au choix de l'entreprise.
La méthode forfaitaire
La méthode forfaitaire consiste à évaluer l'avantage en nature à 9 % du coût d'achat TTC du véhicule, ou 6 % si la société prend en charge le carburant. Ce pourcentage s'applique sur l'année entière.
La méthode réelle
La méthode réelle consiste à calculer l'avantage en nature sur la base des kilomètres parcourus à titre personnel, valorisés au coût kilométrique réel : carburant, entretien, assurance, amortissement...
Le cas des véhicules électriques
Pour les véhicules électriques, l'avantage en nature bénéficie d'une réduction de 50 % en 2026, avec un plafond de 1 800 € par an — un avantage supplémentaire non négligeable pour le dirigeant qui utilise aussi le véhicule à titre personnel.
Cet avantage en nature est déclaré sur le bulletin de paie du dirigeant. Il augmente sa rémunération brute et génère des cotisations sociales — mais il réduit aussi son impôt sur le revenu si sa tranche marginale est élevée.
Achat, crédit-bail ou LLD : quelle option choisir ?
La SASU peut acquérir un véhicule de trois façons, dont les implications fiscales sont similaires mais pas identiques.
L'achat ferme
L'achat ferme consiste à inscrire le véhicule à l'actif et à l'amortir sur 5 ans. C'est la solution la plus simple comptablement. Elle mobilise de la trésorerie ou nécessite un financement bancaire.
Le crédit-bail ou la LOA
Le crédit-bail, ou LOA, permet de déduire les loyers du résultat fiscal dans les mêmes limites que l'amortissement — c'est-à-dire avec un plafond selon les émissions de CO2. La partie du loyer correspondant à la fraction du prix excédant le plafond doit être réintégrée au résultat fiscal chaque mois.
À l'issue du contrat, la société peut lever l'option d'achat et inscrire le véhicule à l'actif pour sa valeur résiduelle.
La location longue durée
La location longue durée, ou LLD, permet de déduire les loyers selon les mêmes règles que le crédit-bail, dans la limite du plafond applicable. L'avantage de la LLD est qu'elle n'immobilise pas de capital et inclut souvent l'entretien et l'assurance — simplifiant la gestion. En revanche, la société ne devient jamais propriétaire du véhicule.
Voiture de société ou indemnités kilométriques : que choisir ?
C'est l'alternative à envisager systématiquement. Plutôt qu'acheter un véhicule au nom de la SASU, le dirigeant peut utiliser son véhicule personnel et se faire rembourser ses déplacements professionnels via des indemnités kilométriques (IK).
Les IK sont déductibles du résultat de la SASU et exonérées d'impôt sur le revenu et de cotisations sociales pour le bénéficiaire — dans la limite du barème fiscal.
Les IK sont généralement plus avantageuses si :
• Votre kilométrage professionnel est inférieur à 15 000 km par an
• Votre véhicule personnel est déjà amorti ou de faible valeur
• Vous ne souhaitez pas immobiliser de trésorerie dans un véhicule
La voiture de société est généralement plus avantageuse si :
• Votre kilométrage professionnel est supérieur à 15 000 à 20 000 km par an
• Vous souhaitez un véhicule neuf pris en charge par la société
• Vous optez pour un véhicule électrique — dont les avantages fiscaux sont significatifs
Les erreurs fréquentes à éviter
Ne pas tenir de carnet de bord pour justifier l'usage professionnel
En cas de contrôle fiscal, l'administration peut remettre en cause la déductibilité des charges si l'usage professionnel n'est pas documenté. Un suivi kilométrique même simplifié (date, trajet, kilométrage, objet professionnel) protège votre déduction.
Oublier la réintégration fiscale de l'AND
C'est l'erreur la plus courante : amortir comptablement le véhicule sur son prix réel sans réintégrer la fraction non déductible dans la liasse fiscale. Résultat : un résultat fiscal sous-évalué et un redressement en cas de contrôle.
Choisir un véhicule très polluant sans calculer le surcoût fiscal
Un thermique à 160 g/km de CO2 ou plus est plafonné à 9 900 € d'amortissement déductible. Sur un véhicule à 40 000 €, la réintégration totale atteint 30 100 € — soit plus de 7 500 € d'IS non récupérable sur 5 ans.
Négliger l'avantage en nature
Si le dirigeant utilise le véhicule à titre personnel sans que cet avantage soit déclaré, l'URSSAF peut le requalifier lors d'un contrôle et réclamer les cotisations non versées — avec majorations.
Confondre le bonus écologique et la base amortissable
Le bonus écologique éventuellement perçu à l'achat ne réduit pas la base amortissable. Si vous achetez un véhicule électrique 40 000 € avec un bonus de 4 000 €, la base amortissable reste 40 000 € — plafonnée à 30 000 € fiscalement.
Ce qu'il faut retenir
Acheter une voiture avec sa SASU est tout à fait possible — mais le choix du véhicule a un impact fiscal important qu'il faut anticiper. En 2026, les points essentiels à retenir :
• La TVA n'est pas récupérable sur les véhicules de tourisme — la base amortissable est le prix TTC
• Les plafonds d'amortissement déductible dépendent des émissions de CO2 : 30 000 € (électrique), 20 300 € (hybride rechargeable), 18 300 € (thermique standard), 9 900 € (très polluant)
• La fraction d'amortissement au-delà du plafond est réintégrée au résultat fiscal chaque année
• Les véhicules électriques cumulent trois avantages en 2026 : plafond d'amortissement à 30 000 €, exonération totale des taxes annuelles, et avantage en nature réduit de 50 % (plafond 1 800 €/an) pour l'usage personnel
• Un véhicule utilitaire est fiscalement bien plus avantageux : TVA récupérable à 100 % et amortissement sans plafond
• En dessous de 15 000 km/an, les indemnités kilométriques sont souvent plus rentables qu'une voiture de société
Article rédigé par Arona Expertise — Expert-comptable à Meylan 38240
Mis à jour en 2026
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