Véhicule de société ou indemnités kilométriques : que choisir en 2026 ?
Temps de lecture : 7 min | Thématique : Fiscalité
C'est l'une des questions les plus fréquentes en cabinet : vaut-il mieux faire acheter un véhicule par la société, ou utiliser son véhicule personnel et se faire rembourser en indemnités kilométriques ? La réponse dépend de votre statut, du type de véhicule, du kilométrage annuel parcouru et de votre situation fiscale. Ce guide compare les deux options point par point pour vous aider à faire le bon choix en 2026.
Le véhicule de société : de quoi parle-t-on exactement ?
Un véhicule de société est un véhicule acheté ou loué par la société, inscrit à son actif ou en charges, et utilisé à des fins professionnelles. Deux grandes catégories coexistent en fiscalité française, avec des conséquences très différentes :
- Les véhicules de tourisme (VP, catégorie M1) : berlines, SUV, monospaces. Ils supportent la taxe sur les véhicules de société (TVS), désormais appelée taxe annuelle sur les émissions de CO2 et taxe annuelle sur l'ancienneté, et la TVA sur l'achat n'est pas récupérable. L'amortissement est plafonné.
- Les véhicules utilitaires (VU, catégorie N1) : camionnettes, vans, pick-up avec cabine simple. Ils ne supportent pas la TVS, la TVA sur l'achat est récupérable à 100 %, et l'amortissement n'est pas plafonné.
Cette distinction est fondamentale : un dirigeant qui achète un SUV en pensant récupérer la TVA parce que c'est "un véhicule de société" commet une erreur fréquente et coûteuse.
La taxe sur les véhicules de société (TVS) en 2026
La TVS s'applique à toute société qui possède ou utilise des véhicules de tourisme en France, que le véhicule soit au nom de la société ou d'un salarié remboursé en frais kilométriques. Elle se compose désormais de deux taxes annuelles :
- Taxe sur les émissions de CO2 : calculée selon le taux d'émissions du véhicule (barème WLTP pour les véhicules immatriculés depuis 2020, barème NEDC pour les plus anciens). Plus le véhicule émet, plus la taxe est élevée. Les véhicules 100 % électriques sont exonérés.
- Taxe sur l'ancienneté : de 70 € pour les véhicules de moins de 3 ans à 600 € pour ceux de plus de 10 ans. Elle vise à décourager l'utilisation de véhicules anciens et polluants.
Les modalités de déclaration et de paiement sont précisées sur impots.gouv.fr.
L'avantage en nature : le piège du véhicule de société utilisé à titre personnel
Si le salarié ou le dirigeant utilise le véhicule de société à titre privé (trajets domicile-travail, week-ends, vacances), cet usage constitue un avantage en nature (AVN) soumis à cotisations sociales et à impôt sur le revenu. Deux méthodes de valorisation coexistent :
Méthode forfaitaire : l'avantage est évalué à 9 % du coût d'achat TTC (ou 6 % si le véhicule a plus de 5 ans) pour un véhicule acheté, ou 30 % du coût annuel global pour un véhicule en location. Si la société prend en charge le carburant privé, le taux passe à 12 % (ou 9 %).
Méthode des frais réels : on calcule la proportion d'utilisation privée par rapport à l'utilisation totale et on applique ce ratio aux charges réelles du véhicule. Elle est plus précise mais plus lourde à documenter.
En pratique, la méthode forfaitaire est la plus utilisée. Pour un véhicule acheté 35 000 € TTC, l'AVN forfaitaire est de 3 150 € par an, soit environ 263 € par mois de revenus supplémentaires imposables pour le bénéficiaire.
Les indemnités kilométriques : barème 2026
L'alternative au véhicule de société est l'utilisation du véhicule personnel du salarié ou du dirigeant, remboursé sur la base du barème kilométrique officiel publié chaque année par l'administration fiscale. Ces indemnités sont exonérées de cotisations sociales et d'IR dans la limite du barème, et déductibles du résultat de la société.
Le barème 2026, applicable aux revenus 2025 déclarés en 2026, est le suivant pour les véhicules à moteur thermique :
| Puissance fiscale | Jusqu'à 5 000 km | De 5 001 à 20 000 km | Au-delà de 20 000 km |
|---|---|---|---|
| 3 CV et moins | d × 0,529 | (d × 0,316) + 1 065 | d × 0,370 |
| 4 CV | d × 0,606 | (d × 0,340) + 1 330 | d × 0,407 |
| 5 CV | d × 0,636 | (d × 0,357) + 1 395 | d × 0,427 |
| 6 CV | d × 0,665 | (d × 0,374) + 1 457 | d × 0,447 |
| 7 CV et plus | d × 0,697 | (d × 0,394) + 1 515 | d × 0,470 |
Pour les véhicules électriques, une majoration de 20 % s'applique sur le montant calculé selon le barème standard. Pour les deux-roues motorisés, un barème spécifique s'applique. Le barème officiel est consultable sur impots.gouv.fr.
Exemple concret : un salarié avec un véhicule 5 CV parcourt 15 000 km professionnels dans l'année. Indemnité = (15 000 × 0,357) + 1 395 = 6 750 € exonérés de charges et d'IR.
Comparatif global : véhicule de société vs indemnités kilométriques
| Critère | Véhicule de société | Indemnités kilométriques |
|---|---|---|
| Récupération TVA achat | Non (VP) / Oui à 100 % (VU) | Non applicable |
| TVA sur carburant | 80 % récupérables (essence) / 100 % (diesel, électrique) | Non récupérable |
| Taxe sur les véhicules de société | Oui (VP) / Non (VU) | Oui si usage pro documenté (VP) |
| Avantage en nature | Oui si usage privé (charges + IR) | Non |
| Déductibilité IS | Amortissement plafonné (VP) / illimité (VU) | Totalité déductible dans la limite du barème |
| Simplicité de gestion | Plus complexe (AVN, TVS, amortissement) | Simple (relevé kilométrique + barème) |
| Intérêt à haut kilométrage | Oui (coût dilué sur plus de km) | Limité (barème décroissant) |
Quelle option choisir selon votre profil ?
Le véhicule de société est pertinent si vous parcourez plus de 20 000 à 25 000 km professionnels par an, si vous souhaitez un véhicule neuf haut de gamme dont le coût serait difficile à assumer personnellement, ou si vous optez pour un véhicule utilitaire (TVA récupérable, pas de TVS, amortissement illimité). Il est aussi intéressant pour les véhicules électriques qui bénéficient d'une TVS nulle et d'avantages fiscaux spécifiques en 2026.
Les indemnités kilométriques sont préférables si vous utilisez votre véhicule de façon mixte avec une forte proportion d'usage privé, si vous parcourez moins de 15 000 à 20 000 km professionnels par an, si vous êtes dirigeant TNS souhaitant éviter la complexité de l'avantage en nature, ou si vous souhaitez la solution la plus simple à administrer.
À noter : un dirigeant de SASU ou SAS qui utilise son véhicule personnel peut se faire rembourser en IK sans que cela constitue une rémunération imposable, à condition que le montant reste dans les limites du barème fiscal.
Ce qu'il faut retenir
- La TVA sur l'achat d'un véhicule de tourisme n'est jamais récupérable, même s'il est inscrit à l'actif de la société. Seuls les utilitaires (N1) permettent une récupération à 100 %.
- La TVS se déclenche aussi sur les IK : si un salarié est remboursé pour l'utilisation de son véhicule personnel à des fins professionnelles, la société est redevable de la TVS sur ce véhicule
- L'avantage en nature sur un véhicule de société est obligatoirement valorisé et soumis à charges si le véhicule est utilisé à titre privé
- Le barème kilométrique 2026 applique une majoration de 20 % pour les véhicules électriques
- Le seuil de rentabilité du véhicule de société se situe généralement entre 20 000 et 25 000 km professionnels annuels selon le type de véhicule
- Les véhicules 100 % électriques en société cumulent les avantages : TVS nulle, suramortissement possible, bonus écologique, et majoration du barème IK pour les remboursements
FAQ — Véhicule de société ou indemnités kilométriques
Non, pour un même véhicule. Un salarié ne peut pas être remboursé en IK pour l'utilisation d'un véhicule de société mis à sa disposition. En revanche, si le salarié dispose d'un véhicule de société pour certains déplacements et utilise son véhicule personnel pour d'autres (par exemple pour des déplacements depuis son domicile un jour de télétravail), le remboursement en IK pour les km effectués avec le véhicule personnel reste possible.
Oui, dans la plupart des cas. Dès lors qu'une société rembourse des frais kilométriques à un salarié pour l'utilisation de son véhicule personnel à des fins professionnelles, elle est en principe redevable de la TVS sur ce véhicule, calculée au prorata des kilomètres professionnels remboursés. Il existe cependant un abattement de 15 000 km par véhicule et par an avant déclenchement de la taxe sur l'ancienneté.
Le plafond d'amortissement fiscal dépend du taux d'émissions de CO2 du véhicule. En 2026, pour les véhicules émettant plus de 60 g de CO2/km acquis depuis le 1er janvier 2021, le plafond est de 18 300 € TTC. Pour les véhicules très peu émetteurs (entre 20 et 60 g/km), il est de 20 300 €. Pour les véhicules 100 % électriques (0 g/km), le plafond est porté à 30 000 €. La fraction d'amortissement dépassant ces seuils est réintégrée dans le résultat fiscal.
Oui. Le président de SASU peut se faire rembourser ses frais kilométriques sur la base du barème fiscal, sans que cela constitue une rémunération imposable, à condition que les déplacements soient justifiés à des fins professionnelles et que le montant reste dans les limites du barème. Il doit tenir un relevé précis des déplacements (date, objet, lieu de départ et d'arrivée, kilométrage). Ces remboursements sont déductibles du résultat de la société.
Oui, sur plusieurs points. La TVS est nulle pour les véhicules 100 % électriques. Le plafond d'amortissement fiscal est porté à 30 000 € contre 18 300 € pour un thermique équivalent. L'avantage en nature lié à la mise à disposition d'une borne de recharge au travail est exonéré de charges sociales jusqu'à un certain plafond. Et le barème IK prévoit une majoration de 20 % pour les véhicules électriques. Ces avantages cumulés rendent le véhicule électrique de société nettement plus attractif fiscalement qu'un équivalent thermique en 2026.
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Article rédigé par Arona Expertise, cabinet comptable à Meylan, au service des entrepreneurs de Grenoble et de l'Isère dans la gestion comptable, fiscale et juridique.
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