Rupture conventionnelle : mode d'emploi et coût pour l'entreprise

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La rupture conventionnelle est devenue le mode de séparation le plus utilisé entre employeurs et salariés en CDI. Avec plus de 500 000 dossiers homologués chaque année en France, elle a largement supplanté le licenciement dans de nombreuses situations — et pour cause : elle offre un cadre amiable, des droits au chômage pour le salarié, et une sécurité juridique pour l'employeur, à condition de respecter scrupuleusement la procédure.

Ce guide vous explique comment fonctionne la rupture conventionnelle en 2026, comment calculer l'indemnité due, et quel est le coût réel pour votre entreprise.

Qu'est-ce que la rupture conventionnelle ?

La rupture conventionnelle est un mode de rupture amiable d'un contrat de travail à durée indéterminée (CDI), encadrée par les articles L. 1237-11 à L. 1237-16 du Code du travail.

Elle nécessite le consentement mutuel de l'employeur et du salarié — aucune des deux parties ne peut être contrainte à signer.

Elle ne s'applique qu'aux CDI. Les CDD, les contrats d'apprentissage et les salariés en période d'essai sont exclus du dispositif.

Trois avantages clés expliquent son succès :

  • Pour le salarié : il ouvre automatiquement des droits à l'Allocation de Retour à l'Emploi (ARE) auprès de France Travail — contrairement à la démission
  • Pour l'employeur : pas de procédure disciplinaire, pas de motif à justifier, risque de contentieux limité si la procédure est respectée
  • Pour les deux parties : la date de départ et l'indemnité sont librement négociables, dans le respect des minimums légaux

Les étapes de la procédure en 2026

La procédure est strictement encadrée. Tout manquement peut entraîner une requalification en licenciement sans cause réelle et sérieuse — avec les conséquences financières qui en découlent.

Étape 1 : un ou plusieurs entretiens préalables

La loi impose au moins un entretien entre l'employeur et le salarié pour discuter de la rupture envisagée et de ses conditions.

Aucun délai minimum n'est imposé entre cet entretien et la signature de la convention — ils peuvent avoir lieu le même jour.

Le salarié peut se faire assister lors de cet entretien par un représentant du personnel ou, s'il n'y en a pas dans l'entreprise, par un conseiller extérieur figurant sur la liste dressée par la DREETS.

Étape 2 : signature de la convention de rupture

L'employeur et le salarié signent ensemble la convention de rupture, via le formulaire officiel CERFA n° 14598*01.

Ce document précise la date de rupture envisagée, le montant de l'indemnité et les conditions de départ.

Étape 3 : délai de rétractation de 15 jours calendaires

À compter du lendemain de la signature, les deux parties disposent d'un délai de 15 jours calendaires pour se rétracter, sans avoir à se justifier.

Si le 15e jour tombe un samedi, dimanche ou jour férié, le délai est prolongé jusqu'au premier jour ouvrable suivant.

La rétractation doit être notifiée à l'autre partie par tout moyen permettant d'en attester la date — lettre recommandée avec accusé de réception de préférence.

Étape 4 : demande d'homologation à la DREETS

Le lendemain de l'expiration du délai de rétractation, l'employeur transmet la convention à la DREETS via la plateforme TéléRC.

La DREETS dispose de 15 jours ouvrables pour instruire la demande et vérifier la conformité de la procédure et le respect des conditions légales.

L'absence de réponse à l'issue de ce délai vaut homologation tacite.

Étape 5 : rupture effective du contrat

La date de rupture ne peut pas précéder le lendemain de l'homologation.

En pratique, le calendrier minimal d'une rupture conventionnelle est donc d'environ 5 à 6 semaines entre le premier entretien et la rupture effective.

Étape 6 : remise des documents de fin de contrat

À la date de rupture, l'employeur remet au salarié :

  • Le certificat de travail
  • L'attestation France Travail
  • Le reçu pour solde de tout compte
  • Le bulletin de paie du dernier mois

Le calcul de l'indemnité de rupture conventionnelle

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C'est le cœur de la négociation.

La loi fixe un plancher — l'indemnité ne peut jamais être inférieure à ce minimum — mais pas de plafond.

Le minimum légal : la formule de calcul

L'indemnité légale minimale est définie à l'article L. 1237-13 du Code du travail :

  • 1/4 de mois de salaire brut par année d'ancienneté pour les 10 premières années
  • 1/3 de mois de salaire brut par année d'ancienneté au-delà de 10 ans

Le salaire de référence retenu est la formule la plus favorable entre :

  • La moyenne mensuelle des 12 derniers mois précédant la rupture
  • Le tiers des 3 derniers mois

Les années incomplètes sont calculées au prorata temporis.

Exemple concret

Un salarié a 8 ans et 6 mois d'ancienneté, avec un salaire brut mensuel de 2 800 €.

  • Indemnité pour les 8 premières années : 8 × (2 800 × 1/4) = 5 600 €
  • Indemnité pour les 6 mois supplémentaires : 350 €
  • Total indemnité légale minimale : 5 950 €

L'indemnité conventionnelle

De nombreuses conventions collectives prévoient une indemnité plus favorable que le minimum légal.

L'employeur doit toujours appliquer le régime le plus avantageux pour le salarié.

Le coût réel pour l'employeur

Le coût d'une rupture conventionnelle ne se limite pas à l'indemnité.

L'indemnité de rupture

C'est la charge principale.

En pratique, beaucoup d'employeurs versent une indemnité supra-légale pour sécuriser la séparation.

Le forfait social de 30 %

L'employeur est redevable d'un forfait social de 30 % sur la fraction exonérée de cotisations sociales.

Exception importante : les entreprises de moins de 11 salariés sont exonérées du forfait social.

L'indemnité compensatrice de congés payés

Les congés payés non pris doivent être indemnisés au départ du salarié.

Les autres sommes du solde de tout compte

Le solde de tout compte comprend également :

  • Le salaire du mois en cours
  • Les primes éventuelles
  • Les remboursements de frais professionnels

La fiscalité de l'indemnité pour le salarié

En 2026, l'indemnité est exonérée de cotisations sociales et d'impôt sur le revenu jusqu'à 2 fois le PASS, soit 96 120 €.

L'exonération s'applique dans la limite du plus élevé des montants suivants :

  • L'indemnité légale ou conventionnelle
  • 2 fois la rémunération annuelle brute précédente
  • 50 % de l'indemnité perçue

Exception : départ à la retraite.

Les droits au chômage après une rupture conventionnelle

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La rupture conventionnelle ouvre automatiquement des droits à l'ARE auprès de France Travail.

En 2026 :

  • Le montant de l'ARE varie entre 57 % et 75 % du salaire journalier de référence
  • Un délai de carence de 7 jours s'applique
  • Une indemnité supra-légale peut créer un différé supplémentaire

Les cas particuliers à connaître

Élément Rupture conventionnelle Licenciement Démission
Accord des parties Oui, accord mutuel obligatoire Non, décision de l’employeur Non, décision du salarié
Droits chômage Oui, ouverture automatique des droits ARE Oui, sous conditions d’activité Non sauf cas spécifiques
Motif obligatoire Aucun motif à justifier Motif réel et sérieux obligatoire Aucun
Indemnité minimale Oui, indemnité légale ou conventionnelle Oui selon ancienneté Non
Procédure administrative Homologation DREETS obligatoire Procédure disciplinaire ou économique Aucune homologation
Risque prud’homal Faible si procédure respectée Plus élevé selon le motif Faible
Délai moyen 5 à 6 semaines minimum Variable selon la procédure Préavis contractuel

Rupture conventionnelle et maladie

Une rupture conventionnelle peut être signée pendant un arrêt maladie, à condition que le consentement soit libre.

Rupture conventionnelle et salarié protégé

L'autorisation de l'inspecteur du travail est obligatoire.

Rupture conventionnelle et dirigeant

Le président de SASU sans contrat de travail distinct ne peut pas bénéficier d'une rupture conventionnelle.

Les risques et erreurs à éviter

Exercer une pression sur le salarié

La convention peut être annulée si le consentement n'est pas libre.

Proposer une indemnité insuffisante

La DREETS refusera l'homologation.

Oublier le forfait social de 30 %

Cette charge est souvent sous-estimée.

Ne pas vérifier la convention collective

Certaines conventions prévoient des indemnités bien supérieures au minimum légal.

Confondre date de signature et date de rupture

La rupture ne peut intervenir qu'après homologation.

Ce qu'il faut retenir

La rupture conventionnelle est un outil efficace pour sécuriser une séparation entre employeur et salarié.

En 2026, les points essentiels à retenir :

  • Procédure encadrée avec délai de rétractation obligatoire
  • Homologation obligatoire par la DREETS
  • Indemnité minimum légale obligatoire
  • Forfait social de 30 % pour les entreprises de plus de 11 salariés
  • Ouverture automatique des droits au chômage pour le salarié
  • Risque prud'homal limité si la procédure est respectée

FAQ — Rupture conventionnelle

La rupture conventionnelle est une rupture amiable d’un CDI entre un employeur et un salarié. Elle nécessite l’accord des deux parties et ouvre droit au chômage pour le salarié.

Entre la signature de la convention, le délai de rétractation et l’homologation par la DREETS, il faut généralement compter entre 5 et 6 semaines minimum.

L’indemnité minimale correspond à 1/4 de mois de salaire brut par année d’ancienneté pour les 10 premières années, puis 1/3 au-delà. La convention collective peut prévoir un montant supérieur.

Oui. Une rupture conventionnelle homologuée ouvre automatiquement des droits à l’Allocation de Retour à l’Emploi (ARE) auprès de France Travail.

Le coût comprend l’indemnité de rupture, le forfait social de 30 % pour certaines entreprises, les congés payés restants et le salaire du dernier mois.

Oui. L’employeur comme le salarié peuvent refuser une rupture conventionnelle. Aucun des deux ne peut être forcé à signer.

Oui. En cas de vice du consentement, pression ou non-respect de la procédure, le Conseil de prud’hommes peut annuler la convention et la requalifier en licenciement abusif.