Thématique : Comptabilité
Sur votre bilan, vous avez peut-être remarqué une ligne "Report à nouveau" dans les capitaux propres, parfois avec un montant positif, parfois négatif, et parfois très élevé par rapport au capital social. Pourtant, peu de dirigeants comprennent vraiment ce que ce poste représente, comment il évolue d'une année sur l'autre et quelles décisions ils peuvent prendre à son sujet. Ce guide vous explique tout, avec des exemples chiffrés concrets.
Le report à nouveau (RAN) est le cumul des bénéfices ou des pertes des exercices passés qui n'ont pas été affectés : ni distribués en dividendes, ni mis en réserves, ni utilisés pour apurer des pertes antérieures. Il est inscrit au passif du bilan dans les capitaux propres, au compte 110 (report à nouveau créditeur, si positif) ou 119 (report à nouveau débiteur, si négatif).
C'est en quelque sorte la "mémoire financière" de la société : il accumule, exercice après exercice, tout ce que les associés n'ont pas décidé d'affecter explicitement. Un RAN positif important signifie que la société a accumulé des bénéfices non distribués. Un RAN négatif signifie qu'elle a cumulé des pertes non encore apurées.
À la clôture de chaque exercice, les associés approuvent les comptes en Assemblée Générale Ordinaire et décident de l'affectation du résultat. C'est à ce moment que le RAN est impacté. Trois décisions sont possibles pour un résultat bénéficiaire :
En cas de résultat déficitaire, la perte vient automatiquement en déduction du RAN existant. Si le RAN est insuffisant, la perte crée ou aggrave un RAN débiteur (compte 119).
| Exercice | RAN début | Résultat net | Réserve légale | Dividendes | RAN fin |
|---|---|---|---|---|---|
| N (1ère année) | 0 € | + 60 000 € | − 3 000 € | − 20 000 € | 37 000 € |
| N+1 (bonne année) | 37 000 € | + 80 000 € | − 4 000 € | 0 € | 113 000 € |
| N+2 (année difficile) | 113 000 € | − 45 000 € | 0 € | 0 € | 68 000 € |
Dans cet exemple, la perte de N+2 est entièrement absorbée par le RAN accumulé. La société ne se retrouve pas avec un RAN négatif et les capitaux propres restent solides. C'est l'une des fonctions clés d'un RAN positif important : il sert d'amortisseur en cas de coup dur.
Un point souvent méconnu : les dividendes peuvent être distribués non seulement sur le bénéfice de l'exercice, mais aussi sur le report à nouveau créditeur des exercices antérieurs. Autrement dit, même une société qui clôture un exercice à l'équilibre ou légèrement déficitaire peut distribuer des dividendes si elle dispose d'un RAN positif suffisant.
Cette possibilité est encadrée par le Code de commerce : les dividendes ne peuvent être distribués que sur les bénéfices distribuables, définis comme le bénéfice de l'exercice diminué des pertes antérieures et des dotations aux réserves obligatoires, augmenté du report à nouveau bénéficiaire.
Cette règle permet à une société qui a accumulé des bénéfices pendant plusieurs années de lisser ses distributions dans le temps, même en cas d'exercice difficile — à condition de ne pas distribuer au-delà du bénéfice distribuable total, ce qui serait un dividende fictif, constitutif d'une infraction pénale.
Un report à nouveau débiteur (compte 119) signifie que la société a accumulé plus de pertes que de bénéfices depuis sa création. Ce n'est pas une situation d'urgence en soi, mais elle a des conséquences importantes :
Impossibilité de distribuer des dividendes. Tant que le RAN est négatif, aucun dividende ne peut être distribué, même si l'exercice en cours est bénéficiaire. Il faut d'abord apurer le déficit avant de pouvoir distribuer.
Impact sur les capitaux propres. Un RAN négatif vient en déduction des capitaux propres. Si les capitaux propres passent sous la moitié du capital social, la procédure légale de reconstitution s'applique (AGE dans les 4 mois, choix entre dissolution et reconstitution dans les 2 ans).
Les solutions pour apurer un RAN négatif sont les suivantes : bénéfices futurs (la solution naturelle, mais la plus longue), réduction de capital motivée par les pertes (opération comptable qui "efface" le déficit sans apport d'argent frais), ou apports en capital (augmentation qui reconstitue les capitaux propres).
Un report à nouveau créditeur important peut être incorporé au capital social par décision d'AGE. Cette opération augmente le capital sans apport d'argent frais : le RAN diminue du montant incorporé, le capital social augmente d'autant. Les associés reçoivent de nouvelles parts en proportion de leur participation existante, sans dilution.
L'intérêt principal est de renforcer la surface financière visible de la société, notamment vis-à-vis des partenaires bancaires qui regardent le capital social comme un indicateur de solidité. C'est aussi un moyen de "sécuriser" des bénéfices accumulés en les mettant hors de portée d'une décision de distribution future.
Non, le report à nouveau en lui-même n'est pas soumis à l'impôt. Le bénéfice a déjà supporté l'IS lors de l'exercice au cours duquel il a été réalisé. Le fait de le reporter plutôt que de le distribuer ne génère aucune imposition supplémentaire. En revanche, si le RAN est ultérieurement distribué sous forme de dividendes, les associés seront soumis à la flat tax de 30 % (ou au barème progressif sur option) au moment de la distribution.
Oui, à condition que le bénéfice distribuable total soit positif. Le bénéfice distribuable inclut le résultat de l'exercice (net de l'IS et de la réserve légale obligatoire) augmenté du report à nouveau créditeur. Si ce total est positif, une distribution est possible même en cas d'exercice neutre ou légèrement déficitaire. Attention : distribuer au-delà du bénéfice distribuable constitue un dividende fictif, infraction pénale passible de sanctions pour les dirigeants.
Les réserves sont des bénéfices passés qui ont fait l'objet d'une décision explicite d'affectation en AGO (réserve légale obligatoire, réserves statutaires prévues par les statuts, réserves facultatives décidées par les associés). Le report à nouveau, lui, est ce qui "reste" après toutes ces affectations : les bénéfices que les associés n'ont pas affectés explicitement. Contrairement à certaines réserves statutaires, le RAN peut être distribué à tout moment sans contrainte particulière, dès lors que le bénéfice distribuable est positif.
Pas nécessairement. Un RAN très élevé signifie que la société a accumulé des bénéfices sans les distribuer ni les investir. D'un côté, c'est un signe de bonne santé financière et un amortisseur efficace en cas de coup dur. De l'autre, cela peut signifier que l'entreprise "thésaurise" sans optimiser le capital : des bénéfices qui dorment dans les capitaux propres ne génèrent pas de rendement. Les associés peuvent légitimement s'interroger sur l'opportunité de distribuer, d'investir ou d'incorporer ce RAN au capital.
La méthode la plus courante sans apport d'argent frais est la réduction de capital motivée par les pertes : le capital social est réduit comptablement pour absorber le RAN débiteur. L'opération nécessite une AGE et une modification des statuts, mais elle ne fait sortir aucune trésorerie de la société. Elle améliore immédiatement la présentation du bilan en faisant disparaître le RAN négatif, sans changer la situation financière réelle. Elle peut aussi faciliter une future distribution de dividendes une fois la société revenue à la rentabilité.
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Article rédigé par Arona Expertise, cabinet comptable à Meylan, au service des entrepreneurs de Grenoble et de l'Isère dans la gestion comptable, fiscale et juridique.
Mis à jour en 2026


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