Les immobilisations en comptabilité : définition, amortissement et enjeux fiscaux

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Ordinateur, véhicule, logiciel, local aménagé… Quand une entreprise investit dans un bien destiné à durer, elle ne peut pas le déduire immédiatement de ses charges comme elle le ferait pour une fourniture de bureau. Ce bien doit être inscrit à l'actif du bilan et son coût étalé dans le temps : c'est le mécanisme des immobilisations et des amortissements.

C'est l'une des notions comptables les plus mal comprises par les dirigeants de TPE et PME — et pourtant l'une des plus importantes. Bien gérées, les immobilisations permettent d'optimiser votre résultat fiscal sur plusieurs années. Mal traitées, elles peuvent provoquer des redressements et fausser votre vision de la rentabilité.

Qu'est-ce qu'une immobilisation en comptabilité ?

Une immobilisation est un bien ou un droit destiné à rester durablement dans l'entreprise — sur plus d'un exercice comptable — et qui ne se consomme pas lors du premier usage. Elle est inscrite à l'actif du bilan dans les comptes de classe 2 du Plan Comptable Général (PCG).

Concrètement, un bureau acheté 800 € HT n'est pas une charge : c'est une immobilisation. Il sera utilisé pendant plusieurs années, et c'est son amortissement annuel — une fraction de sa valeur — qui constituera une charge déductible chaque exercice.

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Les trois catégories d'immobilisations

Les immobilisations incorporelles correspondent aux actifs non physiques de l'entreprise : logiciels, brevets, licences, marques, fonds de commerce. Leur traitement comptable est parfois complexe, notamment pour les logiciels développés en interne et les frais de création de site internet.

Les immobilisations corporelles sont les biens physiques utilisés durablement dans l'activité : terrains, bâtiments, matériel industriel, véhicules, matériel informatique, mobilier, agencements de locaux…

Les immobilisations financières regroupent les titres de participation dans d'autres sociétés, les prêts accordés à des tiers, les dépôts et cautionnements versés. Elles ne s'amortissent pas — elles peuvent en revanche faire l'objet de dépréciations si leur valeur baisse.

Le seuil des 500 € HT : charge ou immobilisation ?

C'est l'une des questions les plus fréquentes en comptabilité d'entreprise. La réponse dépend à la fois du Plan Comptable Général et de la doctrine fiscale.

Sur le plan comptable, le PCG ne fixe pas de seuil minimal d'immobilisation. Tout bien répondant à la définition d'une immobilisation doit être inscrit à l'actif, quelle que soit sa valeur.

Sur le plan fiscal, l'administration fiscale tolère la comptabilisation en charges — et donc la déduction immédiate — des biens d'une valeur unitaire inférieure à 500 € HT, mais uniquement pour les catégories limitativement listées dans le BOI-BIC-CHG-20-30-10 : petit matériel et outillage, matériel de bureau et logiciels. Ce seuil est inchangé en 2026.

En pratique : un smartphone à 800 € HT doit être immobilisé et amorti. Une agrafeuse à 35 € est une charge. Un logiciel à 450 € HT peut être passé directement en charge.

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L'amortissement : étaler le coût dans le temps

Principe général

L'amortissement est la constatation comptable et fiscale de la perte de valeur progressive d'une immobilisation, du fait de l'usure, du temps ou de l'obsolescence. Il permet de répartir le coût d'un bien sur sa durée d'utilisation, plutôt que de le déduire en une seule fois.

L'amortissement constitue une charge comptable, inscrite au compte de résultat chaque année. Il vient donc en déduction du bénéfice imposable — ce qui en fait un levier fiscal important, surtout pour les entreprises qui investissent régulièrement.

Un point essentiel à retenir : tout amortissement qui n'aurait pas été comptabilisé est définitivement perdu fiscalement. L'oubli d'un amortissement ne peut pas être rattrapé sur les exercices suivants.

Les durées d'amortissement admises par l'administration fiscale

Les PME qui ne dépassent pas deux des trois seuils suivants — total bilan ≤ 4 000 000 €, chiffre d'affaires HT ≤ 8 000 000 €, effectif ≤ 50 salariés — peuvent utiliser directement les durées d'usage admises par l'administration, sans avoir à justifier la durée réelle d'utilisation de chaque bien. Ces durées sont les suivantes :

Type de bienDurée d'amortissementBâtiments commerciaux20 à 50 ansMatériel industriel6 à 10 ansOutillage5 à 10 ansVéhicules de tourisme5 ansMatériel de transport utilitaire4 à 5 ansMobilier10 ansMatériel de bureau5 à 10 ansMatériel informatique3 ansLogiciels3 ansBrevets5 ans

L'administration fiscale admet un écart de 20 % par rapport à ces durées d'usage. Au-delà, une justification est nécessaire.

Le cas particulier du fonds de commerce

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Par principe, le fonds de commerce est non amortissable fiscalement. Cependant, un régime dérogatoire mis en place par la loi de finances 2022 permet, sous conditions, d'amortir fiscalement les fonds commerciaux acquis entre le 1er janvier 2022 et le 31 décembre 2029. Si vous avez acquis un fonds de commerce dans cette période, ce dispositif mérite d'être analysé avec votre expert-comptable.

Les deux méthodes d'amortissement

L'amortissement linéaire

C'est la méthode de droit commun. La dotation annuelle est constante sur toute la durée d'utilisation du bien. Le taux annuel est calculé simplement : 1 divisé par la durée d'utilisation en années.

Exemple : Un ordinateur acheté 1 200 € HT, mis en service le 1er janvier 2026, amorti sur 3 ans. Dotation annuelle = 1 200 € ÷ 3 = 400 € par an.

Si le bien est acquis en cours d'année, la première dotation est calculée au prorata temporis, sur une base de 360 jours (30 jours par mois). Par exemple, un matériel de 10 000 € mis en service en juin 2026, amorti sur 5 ans, donnera une première dotation de : 10 000 € ÷ 5 × (210 jours ÷ 360) = 1 167 € pour 2026.

L'amortissement dégressif

L'amortissement dégressif permet de constater des annuités plus importantes les premières années — et donc de déduire fiscalement davantage en début de vie du bien. C'est fiscalement avantageux pour les entreprises bénéficiaires.

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Son usage est strictement encadré par l'article 39 A du Code général des impôts. Il s'applique uniquement aux biens neufs dont la durée d'utilisation est supérieure ou égale à 3 ans, et listés par décret (matériels et outillages utilisés pour des opérations industrielles, matériels de manutention, installations de production d'énergies renouvelables…). Les véhicules de tourisme, notamment, ne peuvent pas bénéficier de l'amortissement dégressif.

Le taux dégressif s'obtient en multipliant le taux linéaire par un coefficient :

• 1,25 pour les biens d'une durée de 3 ou 4 ans
• 1,75 pour les biens d'une durée de 5 ou 6 ans
• 2,25 pour les biens d'une durée supérieure à 6 ans

Le plafond d'amortissement des véhicules de tourisme

C'est un point souvent méconnu qui peut surprendre lors d'un contrôle fiscal. Les véhicules de tourisme (berlines, citadines, SUV) sont soumis à un plafond fiscal de déductibilité de leur amortissement, qui varie selon le taux d'émissions de CO₂ du véhicule.

En 2026, les plafonds applicables sont définis à l'article 39-4 du CGI. À titre indicatif : un véhicule fortement émetteur de CO₂ sera plafonné à 9 900 € de valeur amortissable, tandis qu'un véhicule 100 % électrique bénéficie d'un plafond relevé à 30 000 €. La fraction d'amortissement excédant le plafond doit être réintégrée au bénéfice imposable chaque année.

Les véhicules utilitaires légers (camionnettes, fourgons) utilisés exclusivement à des fins professionnelles ne sont pas soumis à ce plafond et sont intégralement déductibles.

Immobilisation et TVA : ce qu'il faut savoir

La TVA sur les immobilisations est en principe déductible pour les entreprises assujetties, sous les conditions habituelles (bien affecté à l'activité professionnelle, facture conforme). Elle ne fait donc pas partie du coût d'acquisition à amortir : seul le montant hors taxes est immobilisé.

Exception notable : les véhicules de tourisme. La TVA sur leur acquisition est non déductible, conformément à l'article 206 de l'annexe II au CGI. Le coût à immobiliser inclut donc la TVA pour ces véhicules.

Type d’immobilisation Exemples Durée d’amortissement Particularité fiscale
Incorporelle Logiciels, brevets, licences, fonds de commerce 3 à 5 ans selon le bien Le fonds de commerce reste généralement non amortissable fiscalement
Corporelle Ordinateurs, mobilier, véhicules, machines 3 à 10 ans Amortissement déductible du bénéfice imposable
Financière Titres, prêts, dépôts de garantie Non amortissable Peut faire l’objet d’une dépréciation
Véhicule tourisme Berlines, SUV, véhicules de société 5 ans Plafond fiscal selon émissions CO₂
Véhicule utilitaire Camionnettes, fourgons 4 à 5 ans Amortissement intégralement déductible
Matériel informatique PC, serveurs, écrans 3 ans Immobilisation obligatoire au-delà de 500 € HT

Comment déterminer le coût d'acquisition d'une immobilisation ?

Le coût d'acquisition ne se limite pas au prix d'achat figurant sur la facture. Il inclut également les coûts directement attribuables à la mise en service du bien :

• Frais de transport et d'installation
• Frais de montage et de mise en service
• Honoraires de professionnels directement liés à l'acquisition (architecte, géomètre…)
• Droits de mutation pour les immeubles

En revanche, les remises, rabais, ristournes et escomptes obtenus, ainsi que les taxes récupérables (TVA déductible), viennent en diminution du coût d'acquisition et ne doivent pas être inclus.

Les erreurs fréquentes à éviter

Passer en charge une dépense qui devrait être immobilisée. C'est la tentation naturelle : déduire immédiatement plutôt qu'étaler sur plusieurs années. Mais pour les biens dépassant le seuil de 500 € HT — hors catégories fiscalement tolérées — cette pratique constitue une irrégularité susceptible d'être redressée.

Oublier un amortissement. Comme rappelé plus haut, un amortissement non comptabilisé est définitivement perdu. C'est l'un des avantages concrets d'un suivi rigoureux du tableau des immobilisations, tenu à jour à chaque exercice.

Confondre amortissement et dépréciation. L'amortissement traduit une perte de valeur progressive et prévisible liée à l'usage. La dépréciation correspond à une perte de valeur conjoncturelle par rapport au marché. Un bien amorti peut tout à fait être déprécié — et inversement, une immobilisation non amortissable (terrain, œuvre d'art) peut faire l'objet d'une dépréciation si sa valeur de marché baisse.

Inclure la TVA dans la base d'amortissement (pour les biens où elle est récupérable). C'est une erreur classique sur les équipements professionnels. Seul le montant HT constitue la base amortissable, sauf pour les véhicules de tourisme où la TVA est non déductible.

Ne pas tenir son registre des immobilisations à jour. Ce document est obligatoire pour toute entreprise au régime réel. Il retrace l'ensemble des immobilisations détenues, leurs dates d'entrée et de sortie, leur valeur d'acquisition et le détail des amortissements pratiqués. L'administration peut le demander lors d'un contrôle.

Ce qu'il faut retenir

Les immobilisations et les amortissements sont au cœur de la comptabilité de toute entreprise qui investit. En 2026, les points essentiels à retenir :

• Tout bien durable dépassant 500 € HT (petit matériel, matériel de bureau, logiciels) doit en principe être inscrit à l'actif et amorti — pas déduit immédiatement en charge
• Les immobilisations se répartissent en trois catégories : incorporelles (logiciels, brevets, fonds de commerce), corporelles (matériel, véhicules, bâtiments) et financières (titres, prêts)
• L'amortissement linéaire s'applique à tous les biens ; l'amortissement dégressif est réservé aux biens neufs éligibles et offre une déduction fiscale accélérée
• Les véhicules de tourisme sont soumis à un plafond d'amortissement selon leurs émissions de CO₂ — la partie excédentaire est non déductible
• Tout amortissement non comptabilisé est définitivement perdu — la tenue rigoureuse du registre des immobilisations est indispensable
• Le fonds de commerce reste non amortissable fiscalement, sauf dispositif dérogatoire pour les acquisitions entre 2022 et 2029

Article rédigé par Arona Expertise — Expert-comptable à Meylan 38240

Mis à jour en 2026

Pour en savoir plus sur la profession : Ordre des experts-comptables

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FAQ — Immobilisations et amortissements

Une immobilisation est un bien durable utilisé par l’entreprise sur plusieurs années, comme un ordinateur, un véhicule ou un logiciel. Elle est inscrite à l’actif du bilan puis amortie dans le temps.

Une charge est consommée immédiatement alors qu’une immobilisation conserve une utilité durable pour l’entreprise. Une immobilisation doit généralement être amortie sur plusieurs exercices comptables.

L’administration fiscale tolère que certains biens inférieurs à 500 € HT soient comptabilisés directement en charge au lieu d’être immobilisés, sous certaines conditions.

L’amortissement permet de répartir le coût d’un bien sur sa durée d’utilisation. Chaque année, une partie du prix du bien est enregistrée comme charge comptable.

Oui, mais les véhicules de tourisme sont soumis à des plafonds fiscaux liés aux émissions de CO₂. Les véhicules utilitaires restent généralement entièrement déductibles.

Non, lorsque la TVA est récupérable, seule la valeur HT du bien est amortie. Certaines exceptions existent, notamment pour les véhicules de tourisme.