Le compte courant d’associé : fonctionnement, intérêts et risques

Le compte courant d’associé : fonctionnement, intérêts et risques

Temps de lecture : 7 min | Thématique : Comptabilité

Le compte courant d’associé est l’un des outils de financement interne les plus utilisés dans les PME et les sociétés familiales. Il permet à un associé de laisser des fonds à la disposition de sa société — sous forme de prêt ou de rémunérations non prélevées — sans avoir à augmenter le capital social. Souple, rapide à mettre en œuvre et fiscalement encadré, il reste pourtant source de confusion sur deux points clés : les conditions de déductibilité des intérêts versés, et les risques en cas de difficultés financières de la société. Ce guide fait le point.

Qu’est-ce que le compte courant d’associé ?

Le compte courant d’associé (CCA) est un compte de passif inscrit au bilan de la société, dans lequel figurent les sommes laissées à sa disposition par un ou plusieurs associés. Il se distingue du capital social sur deux points essentiels :

  • Il n’est pas intégré au capital et n’est donc pas exposé aux pertes de la même façon : l’associé conserve théoriquement une créance sur la société
  • Il est en principe remboursable à tout moment, sauf clause de blocage prévue dans les statuts ou dans une convention signée entre la société et l’associé

Les sommes qui alimentent un compte courant peuvent provenir de plusieurs sources : un apport direct d’argent de l’associé vers la société, des dividendes décidés mais non distribués, ou des rémunérations laissées dans la société par le dirigeant.

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Les intérêts sur compte courant : taux plafonné et conditions de déductibilité

La société peut rémunérer le compte courant d’associé en versant des intérêts à l’associé. Ces intérêts sont des charges déductibles du résultat imposable de la société, sous réserve de respecter deux conditions fixées à l’article 39-1-3° du CGI :

Condition 1 : le capital social doit être entièrement libéré Condition 2 : le taux d’intérêt ne doit pas dépasser le taux maximum déductible fixé trimestriellement par la DGFiP → Taux maximum déductible au 1er trimestre 2026 : 5,17 % (taux annuel)

Ce taux maximum est publié chaque trimestre par l’administration fiscale. Si la société verse des intérêts à un taux supérieur, la fraction excédentaire est réintégrée dans le résultat fiscal et n’est pas déductible.

Du côté de l’associé, les intérêts reçus sont imposés à l’IR dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers (RCM), soumis par défaut au prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 % (12,8 % d’IR + 17,2 % de prélèvements sociaux).

Compte courant d’associé vs capital social : comparaison

CritèreCompte courant d’associéCapital social
RemboursementEn principe à tout moment (sauf clause)Non remboursable sauf réduction de capital
RémunérationIntérêts (déductibles si taux plafonné)Dividendes (non déductibles pour la société)
Fiscalité pour l’associéRCM imposés au PFU 30 %RCM imposés au PFU 30 %
Exposition aux pertesCréance sur la société (rang inférieur aux créanciers)Totalement exposé aux pertes
FormalitésAucune (simple virement + convention)Acte notarié ou AGE, modification des statuts
ExigibilitéImmédiate ou selon clause de blocageExigible uniquement à la liquidation
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Les risques du compte courant d’associé

Malgré sa souplesse, le compte courant d’associé comporte plusieurs risques que tout dirigeant doit avoir en tête :

En cas de procédure collective (sauvegarde, redressement, liquidation)

Le compte courant d’associé est une créance ordinaire. L’associé est donc un simple créancier de la société, qui sera remboursé après les créanciers privilégiés (Trésor, URSSAF, banques garanties) et avant les actionnaires. En pratique, en cas de liquidation judiciaire, les comptes courants d’associés ne sont généralement pas remboursés, car l’actif ne suffit que rarement à désinteresser les créanciers privilégiés.

⚠️ Risque de requalification : si le compte courant d’associé reste bloqué durablement dans la société alors que celle-ci est en difficulté, le tribunal peut, dans certains cas, considérer que ces fonds constituent en réalité un apport déguiSé en capital (« apport en capital méconnu »). Cette requalification est rare mais possible en cas d’abus manifeste ou de société sous-capitalisée chronique.

La convention de compte courant bloqué

Pour renforcer la solidité financière apparente de la société — notamment vis-à-vis des banques — l’associé peut signer une convention de blocage avec la société. Ce document, qui fixe une durée minimale pendant laquelle le compte courant ne peut pas être remboursé, renforce la visibilité des ressources stables de la société et rassure les partenaires bancaires. Il peut être utile dans le cadre d’une demande de financement.

Ce qu’il faut retenir

  • Le compte courant d’associé est un prêt de l’associé à sa société, inscrit au passif du bilan, remboursable sans formalité
  • Les intérêts versés sont déductibles si le capital est intégralement libéré et si le taux ne dépasse pas le plafond trimestriel DGFiP (5,17 % au 1er trimestre 2026)
  • Pour l’associé, les intérêts reçus sont imposables en revenus de capitaux mobiliers, au PFU de 30 %
  • En cas de liquidation, le compte courant est remboursé après les créanciers privilégiés : le risque de non-remboursement est réel en cas de défaillance de la société
  • Une convention de blocage peut renforcer la crédibilité financière de la société auprès des banques

FAQ : Compte courant d’associé

Le compte courant d’associé est ouvert à tout associé ou actionnaire d’une société, quelle que soit sa participation au capital. Dans les SARL, les gérants non associés peuvent également disposer d’un compte courant sous certaines conditions. En SAS, la présidence ou la direction générale n’est pas en elle-même une condition : c’est la qualité d’actionnaire qui ouvre l’accès au compte courant.

Dans une SARL, un compte courant d’associé débiteur (c’est-à-dire que la société prête de l’argent à l’associé) est formellement interdit pour les gérants et associés détenant plus de 10 % du capital, conformement à l’article L.223-21 du Code de commerce. Cette interdiction vise à éviter les abus au détriment des créanciers. En SAS, la règle est plus souple mais les statuts peuvent la restreindre.

Le taux maximum déductible est publié chaque trimestre par la DGFiP. Au 1er trimestre 2026, il s’établit à 5,17 % en taux annuel. Si la société verse des intérêts à un taux supérieur, la fraction excédant ce plafond est réintégrée dans le résultat fiscal et ne réduit pas l’impôt. Il est conseillé de vérifier le taux en vigueur au moment où les intérêts sont comptabilisés.

Oui. Il figure au passif du bilan, dans la rubrique « dettes ». Plus précisément, selon sa nature et son échéance prévue, il peut être classé en dettes à plus d’un an (si une convention de blocage est en place) ou en dettes à court terme (si remboursable à tout moment). Le compte comptable utilisé est le 455 « Associés — comptes courants ».

Aucune obligation légale ne l’impose. En pratique cependant, rédiger une convention de compte courant est fortement recommandé : elle fixe les conditions de rémunération (taux, fréquence de versement), les modalités de remboursement, et une éventuelle période de blocage. Cette convention sécurise juridiquement la relation entre l’associé et la société, et justifie la déductibilité des intérêts en cas de contrôle fiscal.

Un déficit comptable n’interdit pas en lui-même le remboursement d’un compte courant, à condition que la société dispose de la trésorerie nécessaire. En revanche, si la société est en état de cessation des paiements ou en procédure collective, le remboursement d’un compte courant peut être annulé par le mandataire judiciaire s’il a eu lieu pendant la période suspecte.

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Article rédigé par Arona Expertise, cabinet comptable à Meylan, au service des entrepreneurs de Grenoble et de l’Isère dans la gestion comptable, fiscale et juridique.

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